Quand j’avais environ 8 ans, j’ai découvert que j’avais un cancer du sein et j’étais terrifiée. Pendant des semaines, je me suis demandé comment j’allais annoncer à ma mère que j’allais mourir d’un cancer du sein, et bientôt.
Du moins, je croyais avoir un cancer du sein.
J’avais trouvé une grosseur et j’étais assez informée pour savoir que les grosseurs dans les seins étaient synonymes de cancer, et que le cancer signifiait que j’allais mourir. Heureusement, mes parents avaient instauré à la maison un climat où l’on pouvait parler de notre corps sans honte. Une fois que j’ai trouvé le courage d’annoncer à ma mère ma mort imminente, elle a accueilli avec compassion ma peur, puis m’a donné des informations fiables qui m’ont rassurée. En réalité, mes seins étaient simplement en train de se développer normalement, et ils sont souvent un peu bosselés au début (et parfois le restent).
En tant que mamans, nous nous retrouvons souvent face au défi de parler de sujets délicats avec nos enfants. Nous apportons avec nous notre propre vécu et notre passé, même si le sujet ne semble pas particulièrement chargé d’émotion pour nos enfants. Les règles sont un sujet qui peut susciter de fortes émotions chez les adultes comme chez les enfants. Pourtant, il est essentiel de parler ouvertement des règles pour donner confiance aux enfants, dissiper les idées fausses et favoriser un environnement positif et sans honte autour des règles. Explorons ensemble l’importance de parler des règles avec les enfants, quand et comment le faire, ainsi que quelques informations essentielles à transmettre.

Pourquoi parler des règles ?
Il est très important d’avoir des informations exactes sur les règles, et ce, pour de nombreuses raisons. Le plus important, c’est que l’information donne confiance. En veillant à ce que les enfants reçoivent des informations fiables de la part d’une personne en qui ils ont confiance, on contribue à réduire l’anxiété, la honte et la peur, non seulement au sujet des règles, mais aussi de leur corps en général. Grâce à des connaissances exactes, ils risquent moins de se sentir gênés ou anxieux à l’arrivée de leurs premières règles.
De plus, en prenant les devants et en donnant aux enfants des informations dès le plus jeune âge, nous évitons qu’ils aient à se fier uniquement à des sources potentiellement peu fiables, comme leurs camarades d’école, pour comprendre les règles. En abordant ces conversations avec de bonnes informations, ils seront mieux à même de repérer les inexactitudes et auront plus tendance à venir nous poser des questions si quelque chose leur semble étrange.
Parler des règles est aussi l’occasion d’instaurer dès le plus jeune âge une culture familiale positive et sans honte à leur égard. Les écoles peuvent transmettre des informations précieuses, mais elles ne peuvent pas créer une culture familiale. Seuls nous le pouvons. Nous n’avons pas besoin de créer des œuvres d’art sur les règles ou d’organiser une fête pour les premières règles (si vous en avez envie, allez-y !). Il suffit de répondre ouvertement et positivement aux questions à la maison pour contribuer à normaliser les menstruations et à faire reculer la stigmatisation qui les entoure : une victoire pour nos enfants et pour tout le monde.
Qui devrait participer à la conversation ?
Quand vous parlez des règles, si vous avez des garçons et des filles, veillez à inclure tout le monde dans la conversation. Les garçons aussi ont besoin de connaître les règles pour développer leur empathie, apporter leur soutien et entretenir des relations saines avec leurs amies et les femmes de leur famille. En parlant des règles aux garçons comme aux filles, de façon détendue et naturelle, et en expliquant qu’elles font partie de la vie, nous contribuons à dissiper les mythes, à remettre en question les stigmates et à bâtir une société plus inclusive et compréhensive. Tout le monde y gagne !

Quand parler des règles ?
Une façon d’aborder les règles consiste à répondre aux questions au fur et à mesure qu’elles se présentent. La Dre K. Knuff, médecin en Colombie-Britannique spécialisée en santé des femmes, explique : « S’ils sont assez grands pour poser la question, ils sont assez grands pour recevoir une réponse adaptée à leur âge ! » En accueillant les questions des enfants avec compassion et en leur donnant des informations exactes, nous leur montrons qu’ils peuvent se tourner vers nous en toute sécurité pour poser des questions sur des sujets délicats. Comme ma mère avait répondu à mes peurs et à ma confusion avec des faits et sans me juger, elle m’a montré que je pourrais venir la voir à l’avenir.
« Pour moi, ça se fait naturellement… surtout avec les serviettes lavables (et le manque d’intimité) », raconte Brittany W., une maman. « Mon aînée me pose souvent des questions et adore choisir la serviette que je porterai ensuite. Elle m’aide aussi à les sortir de la lessive et à les empiler. Elle n’a que 4 ans, mais elle est très au courant des règles depuis l’âge de 2 ans environ. »

Mais il se peut que les questions sur les règles ne surgissent pas naturellement, et ce n’est pas grave. Nous pouvons aborder le sujet nous-mêmes. Si vous restez à l’affût, vous trouverez des moments propices pour parler des règles. Voici quelques idées pour commencer : quand vous voyez des publicités pour des produits menstruels, lorsque vous parlez d’autres sujets liés au corps (les odeurs corporelles, par exemple !), pendant que vous faites les courses et passez devant les produits menstruels en magasin, ou à la naissance d’un bébé dans la famille ou parmi vos amis, ou lorsqu’un bébé est attendu.
Y a-t-il un âge auquel il est trop tôt pour parler des règles ?
Non.
De nombreuses filles ont leurs premières règles, appelées ménarche, dès l’âge de 10 ans. En leur donnant des informations bien à l’avance, nous pouvons réduire le stress et la honte associés à cette étape importante de la vie d’une fille.

Ma mère m’avait parlé des règles bien à l’avance, mais c’est quand même une amie qui m’en a parlé pour la première fois, à l’âge de 5 ans. Elle m’a entraînée dans sa salle de bains et m’a montré une boîte de tampons appartenant à sa grande sœur.
« Tu sais à quoi ça sert ? » Je ne le savais pas.
« Ce n’est pas drôle. C’est horrible », a-t-elle chuchoté d’un ton très grave, les yeux écarquillés. « Ma sœur a du sang qui sort de son vagin, et ça t’arrivera aussi. »
Ça n’avait pas l’air très réjouissant. Aidons nos filles à se sentir prêtes et en confiance face à ce qui les attend, plutôt que de les laisser dans l’ignorance.
Comment aborder la conversation ?
C’est nous qui donnons le ton. Alors, prenez une grande inspiration et abordez la conversation sur les règles avec décontraction et sans jugement. Nos enfants s’inspireront de notre attitude. La Dre Knuff nous rappelle que les réponses sincères et sans jugement ne sont pas encore monnaie courante dans notre culture ; il est donc tout à fait normal de ne pas avoir toutes les réponses sur-le-champ. Nous pouvons prendre un moment pour rassembler nos idées et répondre avec réflexion, par exemple : « Laisse-moi quelques instants pour y réfléchir. Je veux te donner une réponse complète, alors laisse-moi choisir mes mots avec soin. »

Acceptez les petites conversations. Si vous terminez cet article en pensant qu’il vous faut régulièrement avoir de longues conversations chargées d’émotion avec votre enfant sur le corps et les règles, alors je n’ai pas fait mon travail ! Certaines conversations seront peut-être plus longues, bien sûr, mais l’idéal est de rendre les discussions sur les règles naturelles et faciles, en les abordant par petites touches au fil de la vie quotidienne.
Quand vous parlez du corps, il est conseillé d’utiliser les termes anatomiques exacts. Même si cela ne semble pas forcément facile ou naturel, utiliser correctement des mots comme « vagin » et « vulve » est un élément important d’une bonne éducation menstruelle. Nous pouvons également expliquer aux enfants que ces termes sont souvent mal employés. Par exemple, beaucoup de gens disent « vagin » alors qu’ils veulent dire « vulve », et les enfants devraient le savoir pour mieux comprendre ce que les autres essaient de leur communiquer.
Quand les enfants connaissent les termes exacts, ils peuvent mieux communiquer leurs besoins et leurs préoccupations au sujet de leur corps aux professionnels de santé. Certaines études suggèrent même que les enfants qui connaissent les noms exacts de leurs organes génitaux risquent moins d’être ciblés par des prédateurs sexuels. De plus, savoir employer les termes anatomiques exacts pour désigner les organes génitaux aidera les enfants à révéler plus facilement des abus si cette situation impensable devait se produire.
Quelles informations transmettre ?
Pour vous assurer que votre enfant comprend bien les règles, vous pouvez commencer par évaluer ce qu’il sait déjà en lui posant quelques questions, puis corriger les éventuelles idées fausses. Les enfants peuvent être stressés lorsqu’ils disposent d’informations incomplètes, par exemple s’ils associent les seins bosselés au cancer du sein. Commencer la conversation par des questions nous permet de leur donner des informations exactes et de dissiper toute inquiétude inutile.

Points essentiels à aborder lorsqu’on parle des règles :
- Durée et fréquence habituelles : Expliquez que les règles durent généralement de 4 à 5 jours et surviennent environ une fois par mois. Assurez-vous que votre enfant sait que la durée d’un cycle sain peut varier d’une personne à l’autre et qu’il est normal que les règles soient un peu (ou beaucoup !) irrégulières au début.
- Les sécrétions cervicales : S’il vous plaît, assurez-vous que votre enfant sait que les sécrétions cervicales sont normales et saines. Elles sont tout à fait normales ! Expliquez que leur aspect varie au cours du cycle et insistez sur le fait qu’elles sont non seulement normales, mais aussi essentielles à la fertilité plus tard dans la vie ! Sans ces connaissances, trop de filles grandissent en ayant honte ou en pensant qu’elles ont une infection. (Je préfère le terme « sécrétions cervicales » à « glaire cervicale », mais si vous faites une recherche sur Google, « glaire cervicale » donnera le plus de résultats.) Vous pouvez lui montrer quelques photos de sécrétions cervicales normales et saines.
- Les phases du cycle menstruel : Au cours des prochains mois, nous partagerons des informations très intéressantes sur les différentes « saisons » que chaque personne peut traverser au cours du cycle menstruel, ainsi que sur les variations de l’humeur, de la productivité et de bien d’autres aspects selon des schémas qui se répètent chaque mois. Pour l’instant, il serait déjà utile de parler du syndrome prémenstruel (SPM). Expliquez que le SPM peut entraîner des changements émotionnels et qu’il est courant au cours du cycle menstruel.
- Gérer les crampes : Sans créer d’inquiétude inutile, abordez le sujet des crampes menstruelles et expliquez à votre enfant qu’il existe des moyens d’atténuer l’inconfort, au besoin. Il est tout aussi important de préciser que de nombreuses personnes ne ressentent aucun inconfort pendant leurs règles. Si vous cherchez des idées, consultez notre article de blogue : Prendre soin de soi pendant les règles : des méthodes éprouvées qui fonctionnent vraiment !
- Les protections et leur utilisation : Discutez des différentes options pour gérer les règles. Bien sûr, les coupes menstruelles et les tampons sont deux possibilités, mais il vaut généralement mieux les envisager plus tard. La plupart des filles commencent avec des serviettes. (Nous recommandons les serviettes réutilisables, bien sûr !) Si vous avez opté pour des serviettes réutilisables, laisser votre enfant choisir quelques-uns de ses motifs préférés facilite souvent la transition vers des règles régulières, en lui donnant quelque chose à attendre avec impatience. Décidez ensemble de l’endroit où vous rangerez les protections pour qu’elles soient accessibles au moment voulu. Veillez à lui montrer exactement comment les utiliser et discutez même de ce qu’elle fera quand elle aura ses règles.

Dans l’idéal, lorsque vous parlez des règles avec vos enfants, créez un environnement ouvert et sans honte qui favorise les conversations honnêtes et leur apporte des informations exactes. Mais ce n’est pas grave si tous vos échanges avec votre enfant n’ont pas été parfaits. C’est normal. On peut apprendre au fil du temps et s’autoriser à ne pas être parfait. N’oubliez pas que vous n’êtes pas la seule personne à influencer ou à instruire votre enfant.
En commençant à intégrer ces conversations tôt, même si elles ne sont pas parfaites, nous pouvons aider nos enfants à faire partie d’une génération bien informée, confiante et sans honte face aux processus naturels qui ont donné la vie à toutes les personnes ayant vécu jusqu’à présent.